Biographie

Artiste peintre, photographe et activiste originaire de Madagascar, Elsa Rakoto se définit comme artiste peintre des diasporas afro. Activiste afroféministe et panafricaniste au sein de différentes organisations, son art social et historique est le reflet de ses interrogations et des mouvements intellectuels et combats collectifs dans lesquels elle s'inscrit.

Née en 1987 en France et de formation autodidacte, Elsa Rakoto a grandi entre la région lyonnaise et l'Île de la Réunion. Elle fait partie depuis 2009 du paysage associatif et culturel dans les milieux afrodescendants et africains de Lyon, en tant que créatrice de contenus, photographe, médiatrice, organisatrice de communauté, militante associative. C'est en 2020 qu'Elsa Rakoto débute sa carrière d'artiste peintre, poussée par le besoin de relecture du monde par ces temps de crise.

Du hip hop, en passant par la photographie sociale, l'illustration et la peinture, sa pratique artistique a évolué en corrélation avec ses valeurs fortes qu'elle injecte dans ses imaginaires. La valorisation des liens et de l'amour communautaires, la justice sociale, la sororité, l'émancipation féminine ainsi que le mouvement du panafricanisme jalonnent son travail.

EVENEMENTS

ART GALLERY

Série ``Ndani / Intra``

Série ``Mainty Kintana / Constellation noire``

La peinture comme marqueur culturel de l’intime au global

La pratique picturale, acquise en autodidacte, est pour moi un moyen libre d’explorer les imaginaires afro. Le portrait se veut être le point de cristallisation des liens qui se forgent (activistes, littéraires, historiques), qui sont de véritables canaux de libération et de transmission. Ma recherche esthétique s’inscrit dans une peinture historique.  J’aime revisiter des pratiques classiques comme la dorure et la peinture à l’huile, la traduction pour moi d’une certaine prise symbolique d’un pouvoir, un empuissancement par le savoir-faire en revenant à des techniques séculaires éloignées des techniques du numérique. Je peins surtout des connaissances, activistes, artistes ou figures littéraires et historiques, des femmes et des hommes dont la pensée trouve écho dans mon existence en tant que personne issue des diasporas africaines. Ainsi, je cherche à représenter la pluralité des mondes afro, qui recouvre mes imaginaires telle une membrane matricielle, en tâchant de lier cette connexion culturelle globale, panafricaine, à mon intimité originelle.

Peindre la circulation des pensées afrodiasporiques

Créer des passerelles entre les mondes afrodiasporiques à travers l’art du portrait me permet de dépeindre les préoccupations et pensées récurrentes dans les espaces panafricains, et notamment francophones, qu’incarnent ces figures, et dont les confrontations et les circulations influencent nos désirs et modèlent nos conditions de résistances ou de révolutions en tant que communauté. Ces passerelles sont des canaux du panafricanisme, formant un espace de sécurité morale et affective propice à la résistance.

Traduire l’endoesthésie des mondes africains en peinture

 J’introduis une dimension sacrée dans ma peinture avec l’utilisation régulière de dorure. Parfois, je me tourne vers des apparitions, des figures divines qui représentent symboliquement l’endoesthésie, la profondeur et l’hyperconnectivité de nos liens intérieurs avec le vivant et le sacré, enracinés à travers l’expérience afrodiasporique.

Ainsi, ma peinture traduit une conscience aigüe des liens invisibles qui traversent nos existences et notre monde gavé à l’extractivité chaotique qui condamne le vivant à l’agonie. Les imaginaires créés dans ma peinture parlent d’un présent et d’un futur vibrants, aux contrastes denses et puissamment intériorisés qui ne demandent qu’à être incarnés dans tout leur potentiel, par le biais d’une mise en dialogue historique à travers des imaginaires fertiles, sobres, oubliés, enfouis et endogènes, qui vont finalement sortir de terre, sortir de nous-même et harmoniser le monde. Les imaginaires afro sont la résurgence d’une mémoire effacée par l’amnésie collective organisée pendant des siècles. Il appartient aux artistes d’explorer, de revitaliser et d’archiver cette mémoire tapie en nous.

A travers cette série de peintures, j’explore l’intériorité des émotions humaines, lorsque celles-ci nous ramènent à une pulsion parmi les plus essentielles pour l’être humain: la pulsion de l’attachement. Ainsi l’amour, la sororité, la fraternité, la maternité, l’estime de soi sont abordés via des représentations figuratives méditatives, apaisées, vibrantes et organiques. J’utilise parfois des dorures pour introduire de la tension visuelle vis à vis de ce lien symbolique lorsqu’il touche au sacré. En plus des émotions, j’exprime un état d’attachement à des valeurs: la justice, le vivant, les ancêtres, et même la révolte intérieure qui traverse mes toiles. Des valeurs fondamentales issues des philosophies africaines, comme le langage akan des symboles Adinkra ou la conception de la justice à travers la Maât imprègnent mon travail.

Le titre « Ndani »(Intra en swahili) est en fait mon mot d’ordre écologique, et une invitation à s’enrichir et se lier de l’intérieur pour mieux habiter la terre, à retrouver de l’énergie non plus dans une démarche extractiviste des forces en présence mais dans ce que j’appelle l’intractivisme. Les éléments naturels, la terre, la mer, l’air, et l’eau que l’on retrouve symbolisés dans mes différentes peintures sont non seulement liés entre eux mais dans mon acte pictural, ce sont finalement eux qui nous habitent, et non l’inverse. La place qu’occupent, de façon symbolisée et abstraite ces quatre éléments dans le tableau est à l’image de l’importance qu’ils revêtent dans l’ontologie créée à travers ma peinture.

Avec la série « Ndani » je déplace ma réflexion hors du champ décolonial pour créer une vision du monde harmonisée, panafricanisée, un monde rythmé et doté d’un coeur qui bat au même rythme, où le sang pulse de la même façon à travers des artères communes, un monde intérieur à l’écoute de ses besoins, qui se nourrie de sa propre créativité, de ces propres philosophies et de ses propres désirs.

Je me suis attelée à reconstituer une représentation du monde où s’enchevêtrent à la fois les valeurs d’attachement avec des éléments de la nature, le monde du vivant, de la naissance et de la mort, la dimension symbolique et le monde organique. Au final, toute la série de peinture est traversée par un fil conducteur (blanc, or ou noir) qui nous ramène à une certaine sacralité et une omniprésence de ce lien précieux qui donne un sens à nos existences dans un monde extérieur dominé par le chaos.

Mon attachement à mon identité culturelle diasporique de l’Océan Indien (Ile de la Réunion et Madagascar) m’impose d’injecter dans mon travail la transmission d’une contre-histoire liée à l’esclavage, aux réparations, au colonialisme et à la migration. A travers des portraits de figures majeures de l’histoire des mondes africains et afrodescendants, j’explore les limites de la peinture historique et engagée. Je m’attelle à combler les lacunes de la grande Histoire, à interroger les notions de pouvoir, de transmission et de marginalisation (voire d’invisibilisation), sous le prisme de la question coloniale, raciale et du genre. Mon parcours engagé me pousse à créer des représentations décoloniales et parfois en marge et en même temps à être dans une dynamique d’archivage en étant complètement imbriquées dans les motifs des récits historiques conventionnels dans les mondes occidentaux (postures, technique picturale).

Mon art portraitiste représente les modèles dans une position de grandeur assurée, dans une posture officialisée, voire iconisée. Le réalisme des traits place les modèles dans un espace d’intemporalité, renforcé par l’abstraction du fond, tantôt uni, tantôt rythmée par des circuits linéaires ou fractals chargés de symboliques, qui représentent les énergies du vivant. La pratique du portrait de mes contemporain.e.s dans cet espace pictural fait-main, au-delà de l’interface des écrans qui nous dominent dans les pratiques et modes d’interactions humaines, surtout en contexte Covid-19, est aussi une réponse que j’apporte à l’insensibilisation de notre époque. Le défi pour moi était de représenter des espaces intellectuels de résistance marginalisés pour en faire le centre de nos imaginaires de façon durable et hors des circuits visuels de données numériques.

A une époque où toute mise à mort est filmée en direct et en instantané, où les visages sont masqués, où la circulation des images est virale, se produit une automatisation filtrée des images proportionnelle à la perte du savoir-faire, à la perte du savoir représentatif, et enfin à la perte d’une échelle de grandeur à taille humaine. Cela provoque dans la créativité noire contemporaine un besoin viscéral de retourner à la pratique figurative. A la fabrique des images volatiles, éphémères, préfabriquées, je souhaite y opposer des peintures en tant qu’interfaces de dialogue dans un temps long, qui donnent à voir des regards perçants, une certaine histoire légitime, afroféministe, décoloniale et panafricaniste. Je parle d’une pensée qui interroge notre rapport au monde en profondeur, et nous redonne un pouvoir sur-mesure lié à notre simple présence en tant que diaspora afro, dans toutes ses dimensions politiques, spirituelles et esthétiques. En résumé, je définirais mes portraits comme une peinture historique à la croisée des chemins de l’habilitation des pensées émancipatrices afrodiasporiques dans le destin du monde.

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